Président du parti Al-Qamar, plus jeune candidat à la présidentielle de 2016, Salim Saadi ambitionne de diriger les Comores. Leader visionnaire, ce Comorien de la diaspora attaché à sa patrie revient sur l’actualité de son pays et sur son projet politique.
Propose recueilli par Toussaint Djaho
Les résultats définitifs des élections législatives du 12 janvier dernier consacrent une large victoire pour la Convention pour le Renouveau des Comores (CRC), le parti au pouvoir, avec 28 sièges. Quel regard portez-vous sur ces résultats ?
Cs sont des résultats honteux qui confirment la mainmise totale du parti au pouvoir. Je suis scandalisé par l’existence d’une Assemblée monocolore. Cela prouve que nous sommes sous un régime autoritaire. Le pouvoir peut nier cette réalité, mais les faits sont têtus. Ces élections ne sont qu’une nouvelle démonstration de la dictature perpétuée par le clan Azali aux Comores. En 2020, lors des élections législatives, ma victoire a été volée. Nous sommes habitués à ce genre de manœuvres.
Des irrégularités ont conduit à l’annulation du scrutin dans quatre circonscriptions, entraînant l’organisation d’élections partielles. Parmi les raisons possibles, on note des bourrages d’urnes et des falsifications de procès-verbaux. N’est-ce pas la preuve d’une volonté de transparence du pouvoir ?
Je suis désolé, mais il n’y a aucune transparence dans les élections depuis l’arrivée d’Azali Assoumani au pouvoir. Pointer du doigt quelques irrégularités dans certaines circonscriptions est un leurre. Sur 33 circonscriptions, 28 sièges reviennent au clan Azali, et les cinq autres sont attribués à des figures de l’opposition pour services rendus. Il est donc impossible de parler d’élections transparentes et inclusives.
Dans certaines de vos déclarations, vous dénoncez l’absence d’un État de droit aux Comores, notamment en évoquant les prisonniers politiques. Pour le pouvoir, il s’agit pourtant de prisonniers de droit commun.
Je le répète et j’insiste : il n’y a pas d’État de droit aux Comores. Comment expliquer que le droit de manifester soit interdit dans une démocratie ? Pourquoi seuls les membres du gouvernement et leurs alliés ont-ils accès à la chaîne nationale, alors que l’opposition en est systématiquement exclue ? Nous sommes censurés dans le quotidien national. L’oppression exercée contre les opposants est une réalité. Nous ne pouvons ni dire ni faire ce que nous voulons. Est-ce cela un État de droit ? Je vous rappelle que l’ancien président Mohamed Abdallah Sambi est injustement emprisonné depuis plus de cinq ans.
Il a pourtant été condamné dans une affaire de passeports vendus à des étrangers après un procès…
Mais pendant ce temps, le clan d’Azali Assoumani continue de vendre des passeports. Pourquoi personne n’est inquiété ?
Vous dénoncez une opposition muselée, pourtant vous êtes souvent invité dans certains médias et vous avez même été reçu par le Président de la République le 18 mars 2023. Certains dirigeants de l’opposition vous accusent d’ailleurs de jouer le jeu du pouvoir. Que leur répondez-vous ?
Dès le départ, mon parti s’est positionné comme une formation politique axée sur les propositions. Nous pratiquons une opposition constructive : autant nous critiquons ce qui ne va pas, autant nous sommes prêts à dialoguer avec nos adversaires. Ma rencontre avec le président s’est déroulée publiquement, contrairement à d’autres prétendus dirigeants de l’opposition qui, eux, sont reçus secrètement en pleine nuit. Nous n’avons rien à cacher. Si c’était à refaire, je le referais, toujours dans l’intérêt général
Si l’on vous dit « Chido », qu’est-ce qui vous vient à l’esprit en premier ?
Le drame que tout le monde a vu : des familles sinistrées et abandonnées. Ce désastre a brisé de nombreuses vies sur notre île, la quatrième île des Comores, à laquelle je suis profondément attaché. Je suis solidaire de nos frères et sœurs touchés. J’en profite également pour condamner fermement les propos d’Emmanuel Macron. Dire que « si Mayotte n’était pas française, vous seriez encore plus dans la merde » est une déclaration indigne d’un président français.
Quels sont vos projets pour les Comores ?
Si j’arrive aux affaires, je commencerais par une réforme en profondeur du secteur de l’éducation pour former nos compatriotes et développer le capital humain. Je réformerais également le système de santé et j’améliorerais la transparence, la bonne gouvernance et la diversification économique. Ce sont ces bases qui nous permettront de remettre les Comores sur la voie du développement
Un commentaire sur la polémique concernant l’éventuelle succession du fils du président à son père.
C’est une provocation. Le président Azali en est coutumier. Il a lui-même alimenté la polémique en tenant ces propositions avant de faire marche arrière face à la vague de réactions, tant sur le plan national qu’international. Je veux simplement rappeler que notre pays n’est pas une monarchie. Tenter d’instaurer une dynastie, c’est trahir les principes pour lesquels nous nous battons depuis 1975, année de notre indépendance.
